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Monsieur le Consul général d’Algérie de Lyon Abdelkrim Serrai
Monsieur, le Maire de Givors, Martial Passi
Monsieur AbdelMagid Chikhi, directeur national des Archives algérienne
Madame, Monsieur, les élus (es)
Madame, Monsieur, Cher (es) amis (es)

Bonjour à tous,

Tout d’abord, je tenais à remercier de leur présence le Consul général d’Algérie de Lyon Abdelkrim Serrai, le maire de Givors, Martial Passi et le
directeur national des Archives algériennes AbdelMagid Chikhi, pour sa conférence sur ces tragiques et funestes événements.

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Il y a 70 ans, le 8 mai 1945 annonçait la fin de la plus meurtrière des guerres du 20ième siècle ! 50 millions de victimes militaires et civiles !

Je tenais donc tout d’abord à m’adresser aux plus jeunes d’entre nous, car les événements du 8 mai 1945 en Algérie ont longtemps été frappés d’un oubli presque entier car cette date historique symbolise dans le monde entier la victoire des alliés contre le fascisme et la fin de la barbarie nazie.

C’est aussi une date hautement symbolique pour la paix, la liberté, et l’indépendance des peuples. Ce sont des valeurs pour lesquelles des dizaines de millions d’êtres humains sont morts en donnant leurs vies. Elles sont marquées de façon indélébile par le sang versé et le sacrifice pour l’idéal d’un monde meilleur.

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C’est pour ces raisons historiques plus que jamais actuelles que la tragédie du 8 mai 1945 en Algérie est absolument intolérable pour tous ceux qui sont épris de paix et de liberté car cette date du 8 mai 1945 renvoie à l’un des épisodes les plus dramatiques de l’histoire de l’Algérie coloniale.

C’est aussi malheureusement une date sanglante pour toutes les victimes algériennes des massacres de Sétif, Guelma et Kherrata, lors de manifestations pour revendiquer la libération du leader Messali Hadj, pour la liberté  et l’indépendance de l’Algérie.

Les trois villes martyres de Sétif, Guelma et Kherrata résonnent et resteront dans la mémoire des Algériens comme une terrible blessure qui contribuera à donner naissance au nationalisme algérien et à la soif d’indépendance du peuple algérien, victime de plus d’un siècle de colonialisme.

Alors que les Algériens fêtaient dans tout le pays, au côté des Européens, la victoire sur le nazisme, à laquelle ils avaient pris une large part dans l’armée française, d’épouvantables massacres ont eu lieu à Sétif, Guelma et Kherrata.

Le 8 mai 1945, est dans les semaines qui ont suivi, un déchaînement de folie meurtrière, dans lequel les autorités françaises de l’époque en Algérie ont eu une très lourde responsabilité, a fait des milliers de victimes innocentes de cette répression impitoyable, presque toutes algériennes, même s’il ne faut pas oublier que plusieurs dizaines de civils européens ont également été assassinés au cours des affrontements.

Ces journées qui auraient dû être pour tous de formidables moments de joies, de paix, de liberté et de fraternité, ont été en Algérie celles de la violence, du deuil, de la douleur et de l’incompréhension totale.

Les faits sont aujourd’hui malheureusement trop peu connu parce qu’occultés depuis des décennies.

Alors que nous vivons une époque où la parole raciste s’exprime quotidiennement avec le maire d’extrême droite de Beziers, Robert Ménard, qui n’hésite plus à ficher les enfants dont les noms sont, d’après lui,  de consonances musulmanes alors que nous savons lors de cette commémoration ou nous a mené le fichage pendant l’occupation d’enfants juifs avec des nazis venant  les chercher à la sortie de l’école pour les camps d’extermination.

- Les commémorations servent-elle uniquement à se souvenir du passé ou à construire véritablement un monde meilleur ?

- Devons-nous accepter, assis confortablement sur nos canapés, la mort en méditerranée de nos frères et sœurs qui cherchent un monde meilleur ?

- Faut-il croire que la finance et l’individualisme nous offriront un monde meilleur ?

Il nous faut maintenant regarder cette histoire commune en face sans esprit de vengeance, dans un souci de justice et de mémoire pour construire un avenir de paix pour les générations futures.

Nous devons, plus que jamais, travailler ensemble à un monde qui rapproche les peuples et les êtres humains, à tisser des passerelles qui contribuent au respect des différences et des autres, à construire des solidarités et à renforcer le vivre ensemble.
Ce qui a été réussi en Europe peut l’être aussi en Méditerranée. Il revient aux générations actuelles d’achever la réconciliation entre ceux qui se sont battus hier pour ouvrir aux plus jeunes un avenir de partage et de prospérité.


En effet, pour que nos relations soient pleinement apaisées et réconciliées, il faut que la mémoire soit partagée et que l’histoire soit écrite à deux, par les historiens français et algériens.
La ville de Givors, depuis des décennies, est fidèle à sa tradition de paix, de solidarité, et de devoir mémoire. Sur cette période douloureuse de la guerre d’Algérie, la ville de Givors a d’ores et déjà œuvré sans distinction, comme il existe un square du 19 mars 1962, une plaque commémorant les martyrs de Charonne du 8 février 1962, il existe également un square du 17 octobre 1961 pour rendre hommage aux milliers de victimes de Maurice Papon et des exactions policières commises à l’encontre des manifestants pacifiques Algériens à Paris.

Le devoir de mémoire concerne, bien évidemment, d’autres événements de l’histoire de France et de la ville de Givors qui sont également commémorés chaque année.

L’APCA poursuit son inlassable travail en s’impliquant particulièrement dans le nécessaire travail de mémoire afin de faire connaître et de faire comprendre aux générations futures l’importance de l’histoire, la nécessité de rendre justice aux victimes et pour faire vivre les valeurs humanistes du vivre ensemble et bâtir une société meilleure.
Merci