Commémoration au square du 17 octobre 1961 à Givors, lundi 17 octobre 2016

En présence de :
Monsieur, Chaabane LAMRI,vice-consul d’Algérie de Lyon, représentant le consul général monsieur SERAIL
Monsieur Martial PASSI, maire de Givors et vice-président de la Métropole de Lyon

Madame, Monsieur, les élus (es)
Madame, Monsieur, Cher (es) amis (es)

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Bonjour à tous,

Cette année, nous commémorons ce douloureux rendez-vous de l’Histoire dans un contexte particulièrement inquiétant. La France a été endeuillée par des terroristes sans foi, ni loi. De très nombreuses victimes innocentes - les tueries de mars 2012 à Toulouse et Montauban, les attentats du 7 janvier et du 13 novembre 2015 à Paris, le 14 juillet à Nice et l’assassinat du père Jacques Hamel le 26 juillet 2016.
- ont payé de leur vie cette folie barbare.

Par ces temps troublés, ou la terreur lâche souhaite mettre à terre la République et ses valeurs, nous devons rester unis et solidaire pour ne pas céder à la peur et à la stigmatisation aveugle.

Dans cette période, qui n’est pas sans rappeler les années 30, le devoir de mémoire reste un rempart contre l’oubli et le bégayement de l’Histoire.

C’est pour cela, que nous sommes réunis devant ce lieu de recueillement « du square du 17 octobre 1961 » pour ce devoir de mémoire.
 
Beaucoup d’entre vous connaissent probablement, mais il n’est pas inutile de le rappeler, le climat qui régnait en octobre 1961. Depuis 7 ans, la France menait ce qui était appelé officiellement « des opérations de sécurité et de maintien de l’ordre en Afrique du Nord » mais qu’on appelait déjà en France la Guerre d’Algérie et que les Algériens appellent Guerre d’Indépendance.

Une guerre coloniale où des centaines de milliers d’Algériens laisseront leur vie et près de 30,000 militaires français souvent des appelés.

55 années après, il faut rappeler que le cessez-le-feu et l’indépendance algérienne furent massivement approuvés par référendum en France et en Algérie.
La solution du « problème algérien, » comme beaucoup de journaux l’écrivaient à l’époque, n’était pas militaire, elle ne pouvait avoir lieu que dans le respect des droits et dans une négociation politique. On ne peut indéfiniment mener un peuple avec le bâton ou la mitraillette.

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Revenons à octobre 1961, la communauté venue d’Algérie en France métropolitaine se composait d’environ 350,000 personnes au cours de ces années. Le seul département de la Seine comptait 150,000 hommes qui représentaient souvent une main d’œuvre à bon marché à qui étaient souvent confiés les travaux les plus pénibles. Seuls ou avec leurs familles, ils n’avaient souvent pour s’abriter et vivre qu’un coin de taudis ou les tôles des bidonvilles de banlieue.

Suite aux actions armées du FLN, le préfet de Police Papon, en plein accord avec le gouvernement de l’époque, prit la décision, le 5 octobre 1961, je cite « de prononcer le couvre-feu pour les français musulmans d’Algérie de 20h30 à 5h30 du matin. » Étaient également cités les débits de boissons « tenus ou fréquentés par les français musulmans ». Est à partir de 19h, la circulation en voiture de ces mêmes français musulmans.

Cette population souvent humiliée, fréquemment interpellée au faciès par des contrôles de police, parfois matraquée lors de rafles, ressentait ce que vivait celles et ceux de leur famille restés au pays en Algérie.

Ce « ras-le-bol » venait rejoindre la volonté de défendre les droits à l’égalité et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, ce qui explique, je pense, pourquoi des milliers de manifestants algériens répondirent à l’appel de la Fédération de France du FLN pour manifester dans le calme et braver l’interdiction.

Partant de plusieurs points, ils voulaient, dans cette soirée du 17 octobre 1961, manifester au cœur de Paris.

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Le FLN avait tenu à organiser seul cette manifestation. Aucun drapeau, pancarte, banderole d’aucune organisation politique, syndicale, n’était admis. Toute arme ou couteau étaient strictement interdits, nul ne pourra d’ailleurs démontrer l’inverse. Il fallait éviter toute réponse à une provocation, il s’agissait bien là d’un rassemblement pacifique.

Pourtant, aux entrées à Paris, les forces de police présentent en force se jetèrent avec violence sur les manifestants.

Maurice Papon, qui avait été condamné pour son rôle dans la déportation des juifs de Bordeaux, n’a jamais été jugé pour les massacres d’Octobre 1961 et de Charonne. Malgré son passé douteux, il assumera d’importantes responsabilités qui ne seront jamais contestées par une autorité ministérielle.

Plus de 10 000 Algériens sont interpellés, internés pendant des jours pendant lesquels auront lieu des exécutions, des tortures et de nombreux décès.

Au lendemain de la manifestation, le bilan officiel fait état de deux morts algériens. Aucune des plaintes déposées n'aboutira pas plus qu’une commission d’enquête réclamée par les députés communistes et socialistes.

Aujourd’hui, les recherches les plus sérieuses conduisent à affirmer qu’il y a eu au moins 200 morts lors des journées des 17 et 18 octobre et plusieurs centaines durant les mois de septembre et d’octobre. Les noms de 400 personnes retrouvées mortes ont été publiés auxquels il faut ajouter de très nombreux disparus dont on n’a jamais retrouvé les corps.

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Mesdames, Messieurs, Chers amis,

Si nous nous retrouvons chaque année, ce n’est pas pour cultiver des haines ou des rancunes, mais au contraire pour ouvrir des voies et construire des ponts pour aujourd’hui et pour l’avenir.

En cette période où renaissent les vieux démons du populisme, du racisme et du repli sur soi, ou certains cherchent par tous les moyens à déstabiliser la République, à remettre en cause ses valeurs, ciment de notre capacité à faire et à vivre ensemble, il est important que les leçons du passé soient retenues.

Hitler a pu, démocratiquement, installer le régime nazi et mettre en œuvre son effroyable projet d’extermination et de mort à travers le monde.


Ce 17 octobre nous rappelle aussi que dans nos villes chaque femme, chaque homme quelle que soit ses origines, celles de ses parents ou grands-parents doit être aujourd’hui un citoyen à part entière et c’est pour cela que les démons de la haine ne doivent jamais ressurgir.

Dans ce contexte, de libération de la parole raciste oui... on accepte de n'être que des spectateurs passifs constatant la prolifération de ces propos, sans autre forme de réaction. Nous souhaitons tous que les hommes politiques répondent à nos préoccupations sur le chômage notamment celui des jeunes, l’accès à un logement, l’éducation des enfants, la prise en compte des anciens, l’aide au plus démunis...

Pendant ce temps, un petit hongrois, nous parle de « Nos ancêtres les gaulois ».
Que nos ancêtres soient italiens, espagnols, polonais et même gaulois, la France s’est enrichie socialement, culturellement, économiquement...grâce à l’accueil de toutes populations venue de plusieurs continents.

L’indignation est une chose nécessaire, la résistance ; un combat quotidien :
- résister pour construire un monde meilleur
- résister pour exister et faire vivre un idéal de paix
- résister pour rêver et croire à l’impossible

Mesdames, Messieurs, Chers amis,
Enfin, je tenais à souligner que malgré l’importante solidarité avec les migrants et réfugiés face à cette Europe impuissante, fermée, incapable de développer une politique d'accueil et d'asile, se jour un véritable drame se produit sous nos yeux et à nos portes..
Nous devons aujourd’hui, plus que jamais, rester vigilants.

Je vous remercie et vous donne rendez-vous l’année prochaine.